Moines et seigneurs et paysans d’Arvillard. Vers un long Moyen Age savoyard (XIe-XVIIIe siècle)

Catégorie
CONFERENCE SSHA
Date
2018-01-31 16:30
Lieu
Archives Départementales de la Savoie - 244 Quai de la Rize
73000 Chambéry, France

Une conférence de Pierre BRUGNON, Doctorant en histoire du Moyen Age.

A partir de la fin du XIIIe siècle, l'organisation et le partage du pouvoir dans la région d'Arvillard en Savoie est en place et ne changera guère jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. En effet, les différents acteurs du pouvoir politique resteront les mêmes et la nature de leurs interactions perdureront avec le temps.

Ces acteurs, quels sont-ils ? Ils sont au nombre de trois : ll s'agit bien évidemment des seigneurs d'Arvillard, attestés dans la région depuis la fin du XIe siècle, mais aussi de la chartreuse de Saint Hugon, fondée par ces mêmes seigneurs au XIIe siècle. Le troisième acteur n'est autre que les communautés paysannes d'Arvillard, dirigées par un conseil de personnalités locales, désignées ou élues par les paysans eux-mêmes et qui interviennent dans chacunes des affaires concernant la communauté villageoise.

Pour comprendre et écrire l'histoire de la région d'Arvillard entre le XIIIe et le XVIIIe siècles, nous pouvons bénéficier des riches fonds d'archives qui ont fait la réputation de la Savoie, principalement les fonds conservés aux Archives Départementales de Savoie à Chambéry, mais aussi sur une pièce unique, le cartulaire de la chartreuse de Saint Hugon,(ed. E. Burnier) l'une des principales sources pour connaître l'histoire de ces communautés montagnardes depuis le XIIe siècle.

Même si la fondation de la chartreuse de Saint Hugon découle d'un geste de piété sincère allié à un besoin profond de prestige aristocratique, les rapports entre les seigneurs d'Arvillard et les moines du désert de Saint Hugon ne vont pas tarder à se tendre. Les points de tensions concernent le plus souvent les terres offertes en donation à la maison religieuse, et aux droits attenant à ces mêmes terres : ici, on se dispute le droit de chasse, plus loin, on se bagarre quant à l'usage des forêts, partout on se querelle quant aux limites des terres ecclésiastiques... Loin d'être écartées, les communautés paysannes apparaissent elles-aussi en conflit avec ces deux acteurs, tantôt pour des problèmes touchant aux offices religieux, ou – plus prosaïquement – pour des conflit d'usage, le plus souvent sur les terres acensées aux paysans par la chartreuse. Ce sont ces rapports conflictuels, amenés à durer, que nous nous proposons d'aborder sur la longue durée, amenant la région d'Arvillard à entrer dans «un long moyen âge», cher aux historiens français (cf. Le Goff).

Pourquoi «long» ? Parce que l'intégralité des conflits entre ces trois acteurs obéissent à des cycles temporels sur le temps long (XIIIe – XVIIIe siècles), et que ce jeu à trois n'en sera troublé qu'avec la seconde moitié du XVIIIe siècle, non pas avec l'arrivée des révolutionnaires français comme on serait tenté de le penser, mais bel et bien parce que la Savoie entre alors dans une période pleinement «contemporaine» (cf. J. Nicolas) et que les sociétés de la région d'Arvillard sont alors confrontées à différentes innovations politiques (affranchissements des droits féodaux), économiques (recensement des différents poids et mesures, arrivée de la culture du maïs et autres productions agricoles nouvelles) ou sociales (émeutes villageoises, intenses débats au sein du conseil des syndics...).

Pierre BRUGNON est titulaire d'un master II recherche en Histoire Mediévale à l'Université de Savoie (Les Montmayeur. Naissance, vie et mort d'un lignage de la noblesse savoyarde), doctorant en Histoire Médiévale à l'Université d'Avignon (Jamais ne bovray de vim, Tam que mon cuer vangiez en soye. Noblesses
remuantes, turbulentes ou frondeuses en Savoie. XIVe-XVe s.) Membre de la SSHA, de l'Académie Salésienne et de la SHAM.

Entrée libre